L’Huile de Foie de Chimère
Utilisée traditionnellement dans les pays nordiques comme fortifiant, l'huile de foie de chimère possède une concentration élevée en alkylglycérols (50% des lipides totaux) qui sont à l'origine des propriétés stimulantes des défenses naturelles de l'organisme.
Les alkylglycérols sont des éthers lipides naturels présents en abondance dans les huiles de foie de poissons. De nombreux effets biologiques ont été décrits, notamment des actions sur le système immunitaire.
Source
Chez l'homme, les alkylglycérols sont trouvés naturellement dans le lait maternel mais également dans les tissus lipidiques du foie et de la rate ainsi que dans la moelle osseuse. En fait, ils sont présents dans les organes principaux de nos défenses immunitaires (Hallgrenn et al, 1962).Les alkylglycérols sont présents à l'état de trace dans les tissus des animaux alors qu'ils sont plus abondants dans les lipides d'origine marine. En effet, la composition des huiles d'origine marine se distingue des autres huiles par sa haute teneur en alkylglycérols et en acides gras poly-insaturés (Ohshima et al, 1989).
Huile de foie de chimere
L'huile de foie de chimère est particulièrement riche en alkylglycérols et peut représenter jusqu'à 50% des lipides totaux.La chimère commune ou Chimaera monstrosa est un poisson cartilagineux qui se rapproche des raies et des requins. Cette espèce, dite des grandes profondeurs, est distribuée dans l'Atlantique nord et signalée dans le Pacifique. Elle peut atteindre 150 cm pour 3 kg.
Les alkylglycérols
Les alkylglycérols sont des éthers lipides découverts pour la 1ère fois par 2 chercheurs japonais en 1922.Une partie des alkylglycérols sont des composés saturés et monoénoiques avec une longueur des chaînes qui s'étend de 10 à 20 carbones. La structure principale de ces classes des
Éthers lipides est le 1-O-alkylglycerol.
Alkyldiacyl-sn-glycerol 1-O-alkylglycérol
Les alkylglycérols peuvent être de composition très variée et sont retrouvés dans la fraction insaponifiable des huiles de foie de poisson. L'alkylglycérol, le plus abondant de l'huile de foie de chimère, est le 1-O-alkyl-2,3-diacyl-sn-glycérol de configuration S. (Mangold et al, 1987).
Proprietes biologiques
Les fonctions biologiques des alkylglycérols sont nombreuses mais leur mécanisme d'action reste encore à élucider. Plusieurs auteurs ont suggéré que les alkylglycérols jouaient un rôle sur la croissance des cellules sanguines et en particulier celles impliquées dans le système immunitaire.Stimulation de l'immunité:
Les alkylglycérols sont des lipides naturels fabriqués dans le foie. Ils stimulent la production des cellules sanguines, en particulier des globules blancs, dans la moelle osseuse.Les alkylglycérols sont de puissants agents stimulateurs de macrophages. L'administration d'un faible taux (10 à 100 ng d'alkylglycérols) chez des souris augmente l'activation des macrophages au bout du 5ème jour. L'administration d'une faible quantité d'alkylglycérols à longue chaîne comme le batyl-alcool (sn-3-octadecylglycérol) produit une activation des macrophages de manière similaire. Il semble donc que la longueur des chaînes des alkylglycérols influence sur l'efficacité de la réponse immunitaire (Yamamoto et al, 1988).
De même, les alkylglycérols associés à la lyso-phosphatidylcholine ont un effet bénéfique double, à la fois sur l'activation de la phagocytose par les macrophages et sur l'augmentation de la production des anticorps par les lymphocytes B (Ngwenya et al, 1991).
Par ailleurs, selon une étude suédoise, la réponse oxydative des neutrophiles est augmentée lorsqu'ils sont traités au préalable par des alkylglycérols (Palmblad et al, 1990). En effet, les alkylglycérols amplifient la biosynthèse du PAF (Platelet Activating Factor) des monocytes (Cheminade et al, 2002).
Action antibactérienne, antifongique et anti-virale:
Les alkylglycérols ont une activité antibactérienne (Ved et al, 1984, Brissette et al, 1986) et antifongique (Hallgren et al, 1978).Smith et Djerassi ont mis en évidence que les alkylglycérols pouvaient affecter à la fois les glycérolipides et la biosynthèse de l'acide lipotéichoïque de Streptococcus mutans (Smith et Djerassi, 1987). Cette activité antibiotique existe également contre différentes bactéries: Corynebacterium hofmanii, Diplococcus pneumoniae, staphylococcus pyogenes A et H, Streptococcus pyogenes et Streptococcus viridans (Carballeira, 2002).
Par ailleurs, une étude réalisée aux Etats-Unis a mis en évidence une activité anti-virale des alkylglycérols. En effet, ces lipides seraient capables de diminuer l'infection et la réplication de certains virus en changeant de conformation le site viral (Marasco et al, 1991).
Effets anti-tumoraux:
Si des effets anti-tumoraux ont été décrits, les mécanismes d'action sont cependant peu connus. Des études ont montré que l'incorporation des alkylglycérols dans des membranes cellulaires peut induire la formation de seconds messagers et de médiateurs lipidiques particuliers, interférant ainsi avec les voies de signalisation intracellulaires impliquant notamment la protéine kinase C (PKC).Ainsi, l'administration par voie orale des alkylglycérols chez la souris inhiberait la croissance tumorale des cellules greffées. En effet, les alkylglycérols ont la capacité, de part leur composition, de pénétrer dans les phospholipides membranaires des cellules tumorales. Ils inhiberaient de façon dose dépendante la croissance de ces cellules. Cette inhibition est corrélée avec la production de 1-O-alkyl-2-acyl-glycérol, un inhibiteur de la PKC (Pedrono et al, 2002).
De plus, l'effet anti-tumoral des alkylglycérols peut s'expliquer en partie par leur propriété anti-angiogénique. En effet, une inhibition de la prolifération des cellules endothéliales est observée de façon dose-dépendante. (Gopinath et al, 2002).
Enfin, les alkylglycérols rendent les membranes biologiques plus stables vis-à-vis des agents chimiques et des attaques enzymatique (Paltauf et al, 1983). Du fait de leur propriété amphiphile, ils sont capables de s'assembler en vésicule et de jouer un rôle de transporteur de drogues. Ces vésicules sont appelées algosomes et sont constituées de cholestérol et de dicétyl-phosphate. Sous cette forme, les alkylglycérols à courtes chaînes (C3 à C5) peuvent être utilisés dans le transport de drogues anti-cancéreuses vers le cerveau en traversant la barrière hémato-encéphalique (Unger et al, 1984).
Autres rôles:
Les alkylglycérols seraient impliqués dans le transport des ions (Driedzic et al, 1976) et présenteraient un potentiel dans certaines réactions métaboliques (Guella et al, 1986). De plus, ces composés semblent stimuler la différentiation des neurones (Ved et al, 1991). Du fait que les alkylglycérols stimulent la production des cellules sanguines, les athlètes peuvent les utiliser pour augmenter leur performance en endurance.UTILISATION
Il semblerait que la posologie recommandée en alkylglycérols, pour obtenir un effet prolongé en prévention, serait de 1200 mg/j. Pour obtenir un effet plus physiologique chez l'adulte, la quantité serait de l'ordre de 1500 à 2600 mg/j.Conclusion
Les alkylglycérols, apportés par des extraits d'huile de foie de poisson, sont utilisés depuis plus de 50 ans en Suède et en Allemagne. En Corée, ils connaissent également un grand succès grâce à leurs propriétés immunostimulantes. Les alkylglycérols jouent donc un rôle dans les défenses naturelles de l'organisme.Bibliographie
Blank et al, Lipids, 1991, 26 (2), 166-169.Brissette et al, 1986, J. Biol. Chem., 261, 6338-6345.
Carballeira et al, Progress in Lipid Research 41 (2002) 437-456.
Cheminade et al, Biology of Reproduction, 2002, 66, 421-428.
Driedzic et al, Comp. Biochem. Physiol. 1976, 53B, 311.
Gopinath et al, Int. Jour. of Pharm., 2002, 246, 187-197.
Gudmundur et al, Tetrahedron Assymetry, 1999, 10, 3671-3674.
Guella et al, J. Chem. Soc. Chem. Commum, 1986, 77.
Hallgrenn et al, Journal Lipid Res, 1962, 3, 39.
Mangold et al, FEBS Lett., 1987, 220 (1), 220-222.
Marasco et al, Diss. Abstr. Int., 1991, 52 (1), 255.
Ngwenya et al, Proc Soc Exp Biol Med 1991, 196 (1), 69-75.
Ohshima et al, Lipids, 1989, 3, 31.
Palmblad et al, Scand. J. Clin. Lab. Invest., 1990, 50 (4), 363-370.
Paltauf et al, Bioch. And Biomedical, 1983, 309-353.
Pedrono et al, Laboratoire de Pharmacologie Moléculaire, Université de Rennes, 2002.
Rambhau et al, Annual Meeting and Exposition, 2001.
Smith et Djerassi, Lipids 1989, 24, 363.
Unger et al, Pathophysiologie, Diagnostic and Therapie, 1984, Munich, 31-38.
Ved et al, J. Neurosci. Res., 1991, 30, 353-358.
Yamamoto et al, Cancer Res., 1988, 48 (21), 6044-6049.